Le 6 juin 2026, une interrogation parlementaire a été déposée au Parlement italien pour demander au gouvernement d’étendre le bénéfice de l’iperammortamento (super-amortissement à 200 %) aux logiciels utilisés en mode SaaS et cloud, notamment les ERP, MES et outils de supply chain. Actuellement, le dispositif exclut explicitement ces abonnements (Agenzie WKI, 6 juin 2026).
Le contexte : un avantage fiscal réservé au on-premise
L’iperammortamento a été réintroduit par la loi de finances 2026 (L. 199/2025) pour les investissements en biens instrumentaux 4.0 réalisés du 1er janvier 2026 au 30 septembre 2028. Le principe : une déduction fiscale majorée (jusqu’à 200 % du coût d’acquisition) pour les entreprises qui investissent dans des équipements et logiciels à forte composante numérique.
Le problème : le décret interministériel MIMIT-MEF du 4 mai 2026, qui fixe les modalités d’application, a confirmé l’exclusion des logiciels utilisés en mode cloud ou SaaS. Seuls les logiciels acquis en propriété ou en licence pluriannuelle, amortissables selon les principes comptables, sont éligibles. L’annexe V de la loi, qui liste les biens immatériels admissibles, ne couvre pas les redevances d’abonnement (Agenzie WKI).
Or, la majorité des PME italiennes accèdent aujourd’hui à leurs outils numériques via des abonnements SaaS. Exclure le cloud de l’iperammortamento revient à exclure le mode de consommation logiciel dominant du marché.
Ce que ça change pour un DSI ou un DAF
Si la proposition aboutit, les implications budgétaires sont directes.
Aujourd’hui : une PME qui choisit un ERP SaaS (Zucchetti, TeamSystem, Fluentis en cloud, ou un éditeur international comme SAP Business ByDesign ou Odoo Online) ne peut pas déduire l’abonnement au titre de l’iperammortamento. Seule une installation on-premise, avec licence perpétuelle et amortissement comptable, ouvre droit au super-amortissement. Cette asymétrie crée un biais fiscal en faveur du on-premise, à contre-courant de la tendance du marché.
Si la mesure passe : un abonnement ERP SaaS de 50 000 €/an bénéficierait de la même déduction fiscale majorée qu’une licence on-premise équivalente. Pour une PME au taux d’imposition standard (IRES 24 %), la déduction à 200 % sur 50 000 € représenterait une économie d’impôt de 24 000 € par an, contre zéro aujourd’hui. Le calcul de retour sur investissement d’une migration cloud s’en trouverait modifié.
Au-delà du chiffrage brut, c’est la logique de décision qui changerait. Beaucoup de DSI italiens hésitent entre on-premise et cloud non pas pour des raisons techniques, mais parce que l’avantage fiscal pousse vers le on-premise. Aligner le traitement fiscal supprimerait ce biais et permettrait de choisir le mode de déploiement sur ses mérites réels : coût total de possession, flexibilité, mise à jour continue, sécurité gérée par l’éditeur.
Ce qu’il faut surveiller
L’interrogation parlementaire est un premier pas, pas un texte de loi. Le gouvernement n’est pas tenu de donner suite, et une réponse pourrait prendre plusieurs mois. Deux scénarios sont sur la table : un élargissement explicite de l’annexe V aux abonnements SaaS, ou une clarification des conditions d’éligibilité dans le cadre de la Transition 5.0.
Les associations professionnelles italiennes (Confindustria, AssoSoftware) ont déjà exprimé leur soutien à l’extension. Le fait que le décret de mai 2026 ait volontairement exclu le SaaS suggère que le sujet a été débattu en amont, sans consensus suffisant au sein du gouvernement.
Pour les entreprises qui prévoient un investissement ERP en Italie dans les 12 prochains mois, la recommandation est pragmatique : ne pas retarder un projet en attendant un hypothétique changement fiscal, mais intégrer le scénario dans l’analyse de sensibilité du business case.
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