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ERP IMPLEMENTATION
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Sobriété numérique et ERP : comment réduire l'empreinte carbone de son SI en 2026

Le numérique représente 4,4 % de l'empreinte carbone française. Voici 6 leviers concrets pour rendre votre ERP plus sobre, sans sacrifier la performance.

Sobriété numérique et ERP : comment réduire l'empreinte carbone de son SI en 2026

Quand une entreprise réalise son bilan carbone, elle recense ses émissions de scope 1 (combustion directe), scope 2 (énergie achetée) et scope 3 (chaîne de valeur). Ce que peu d’équipes DSI mesurent systématiquement : l’empreinte de leur propre système d’information. Or l’ERP, par sa position centrale, consomme des serveurs, du stockage, de la bande passante et de l’énergie 24 heures sur 24. Il constitue souvent le premier poste numérique de l’entreprise en termes de ressources mobilisées.

Cet article explore les leviers concrets pour réduire l’impact environnemental de votre ERP, dans le cadre réglementaire qui se dessine en France et en Europe.

L’ERP, angle mort du bilan carbone IT

Pourquoi l’ERP pèse lourd dans la consommation numérique de l’entreprise

Selon l’étude ADEME-ARCEP publiée en janvier 2025 (données 2022), le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone nationale, soit 29,5 millions de tonnes de CO2 équivalent. La consommation électrique associée atteint 51,5 TWh, soit 11 % de la consommation électrique française. Les centres de données (data centers) représentent à eux seuls 46 % de cette empreinte carbone numérique.

L’ERP n’est pas directement identifié dans cette étude, mais sa contribution est réelle. Un ERP de type SAP S/4HANA ou Sage X3 hébergé en on-premise mobilise des serveurs qui tournent en continu, des bases de données volumineuses, des traitements batch nocturnes et des dizaines d’interfaces synchronisées en temps réel. En SaaS, l’empreinte n’est pas supprimée : elle est simplement externalisée dans les data centers de l’éditeur ou de l’hyperscaler.

La sobriété numérique ne concerne donc pas seulement les postes de travail ou les smartphones. Elle touche les applications métier et, au premier chef, l’ERP.

Ce que le RGESN dit sur les SI métier

Le Référentiel Général d’Écoconception de Services Numériques (RGESN), mis à jour en mai 2024 par l’ARCEP et l’ARCOM en collaboration avec l’ADEME, propose 78 critères répartis en neuf domaines pour guider l’écoconception des services numériques. Parmi les domaines : stratégie, hébergement, algorithmes, backend et architecture.

Si le RGESN s’adresse en priorité aux services publics numériques, il constitue une référence méthodologique applicable à tout SI métier, y compris les ERP. Les critères relatifs à la réduction des ressources serveur, à l’optimisation des algorithmes et au choix de l’hébergement s’appliquent directement.

CSRD et rapportage de l’empreinte IT : ce qui est exigible en 2026

Depuis l’exercice 2025 (rapport publié en 2026), les entreprises comptant plus de 250 salariés et dépassant deux des trois seuils CSRD (50 M€ de chiffre d’affaires, 25 M€ de total bilan, 250 collaborateurs) doivent publier un rapport de durabilité conforme aux standards ESRS. Le standard E1, relatif au changement climatique, exige de couvrir les émissions de scope 3, dont celles liées aux services numériques achetés.

En pratique : les émissions générées par votre ERP SaaS entrent dans le scope 3 amont de votre bilan carbone. Si votre ERP est on-premise, les émissions associées à l’énergie consommée par vos serveurs relèvent du scope 2. Dans les deux cas, ignorer l’empreinte de votre ERP devient un angle mort réglementaire.

Sobriété vs efficacité : deux stratégies différentes

Avant d’aller plus loin, une distinction importante. L’efficacité numérique consiste à faire la même chose avec moins de ressources (optimiser les requêtes, compresser les données). La sobriété numérique consiste à remettre en question l’utilité des fonctionnalités et des traitements eux-mêmes : est-ce qu’on a besoin de ce module ? De ce calcul nocturne ? De cette interface en temps réel ?

Ces deux approches sont complémentaires, mais la sobriété produit souvent des gains plus importants, et des économies de coûts immédiates.

Cloud vs on-premise : le vrai bilan carbone

Idées reçues sur “le cloud, c’est plus vert”

L’idée que passer au SaaS réduirait automatiquement l’empreinte carbone de votre SI est un raccourci dangereux. Le SaaS externalise l’empreinte, il ne la fait pas disparaître. La mutualisation des ressources chez un hyperscaler peut améliorer le taux d’utilisation des serveurs et donc leur efficacité, mais cela dépend de l’éditeur, du data center et de son mix énergétique.

Un ERP SaaS hébergé dans un data center alimenté à 80 % par du charbon est moins sobre qu’un ERP on-premise dans une salle serveurs en France alimentée par l’électricité du réseau national (dont le mix carbone est parmi les plus bas d’Europe grâce au nucléaire).

Comparer les PUE et le mix énergétique des data centers

Le PUE (Power Usage Effectiveness) mesure l’efficacité énergétique d’un data center : un PUE de 1,0 est théoriquement parfait (toute l’énergie va aux serveurs), un PUE de 2,0 signifie que 50 % de l’énergie part dans le refroidissement et les équipements auxiliaires.

Quelques ordres de grandeur publiés par les opérateurs :

  • AWS : PUE entre 1,07 et 1,15 selon les sites (données publiées dans ses rapports de durabilité)
  • OVHcloud : PUE moyen de 1,28, mix énergétique de 78 % d’énergie bas carbone sur ses data centers européens (rapport durabilité OVHcloud)
  • Scaleway : PUE entre 1,15 et 1,30, avec le data center DC5 refroidi par système adiabatique sans climatisation traditionnelle

Un PUE bas est un bon indicateur, mais insuffisant. Il faut également examiner le mix énergétique (renouvelable, nucléaire, fossile) et la localisation du data center. Un hyperscaler avec un PUE de 1,10 alimenté au charbon peut avoir une empreinte carbone bien supérieure à un hébergeur européen avec un PUE de 1,25 et un mix 100 % renouvelable.

Quand l’on-premise sobre surpasse le cloud mutualisé

Pour les entreprises dont le data center interne ou la salle serveurs est alimentée par de l’électricité bas carbone, dont les taux d’utilisation serveur sont élevés, et dont les équipes IT gèrent activement la consommation, le on-premise peut s’avérer plus sobre qu’un déploiement SaaS chez un éditeur dont on ne contrôle pas l’hébergement.

La question à poser à votre éditeur lors du renouvellement de contrat : dans quel data center mes données sont-elles hébergées ? Quel est son PUE et son mix énergétique ? Disposez-vous d’un rapport de durabilité audité ?

Les 6 leviers de sobriété sur votre ERP

Lever 1 : rationaliser les modules actifs

Un ERP déployé il y a dix ans contient souvent des modules activés pour des projets internes qui ne sont plus utilisés. Module décisionnel, portail fournisseur, gestion de projets annexe… Chaque module actif consomme de la mémoire, génère des index en base de données et alourdit les sauvegardes.

Un audit des modules avec les équipes métier permet d’identifier ce qui peut être désactivé proprement. Résultat typique : réduction du volume de la base de données, des temps de backup et de la charge serveur, sans impact sur les utilisateurs.

Lever 2 : archivage et purge des données historiques

Les bases de données ERP grossissent avec le temps. Les journaux de traçabilité, les pièces comptables archivées légalement, les logs applicatifs et les données de test en production finissent par représenter une part majeure du stockage actif. Le stockage actif (SSD NVMe, SAN haute performance) consomme bien plus d’énergie par gigaoctet que le stockage froid ou le stockage objet.

Une stratégie d’archivage rigoureuse, avec des règles de rétention adaptées aux obligations légales (dix ans pour les pièces comptables, cinq ans pour la plupart des données commerciales) et un basculement vers du stockage froid, peut réduire la base active de 30 à 50 % dans des systèmes matures. Les gains énergétiques et financiers sont immédiats.

Lever 3 : optimiser les traitements batch

La plupart des ERP lancent des calculs nocturnes : mise à jour des stocks, clôture provisoire, calcul des coûts de revient, synchronisation avec les systèmes satellites. Ces traitements s’exécutent parfois par habitude, non par nécessité réelle.

Un audit des jobs batch permet d’identifier ceux qui tournent sans consommateur actif, ceux dont la fréquence peut être réduite (hebdomadaire au lieu de quotidien), et ceux dont les algorithmes peuvent être optimisés. Consolider les plages d’exécution batch permet aussi de concentrer la charge sur des créneaux où l’énergie est moins carbonée (nuit en hiver pour le réseau français, par exemple).

Lever 4 : réduire les interfaces et flux en temps réel

Les intégrations entre ERP et systèmes tiers (CRM, WMS, portail client, plateformes de vente) génèrent un trafic permanent. Des appels API toutes les minutes pour synchroniser des données qui changent rarement sont une source de consommation réseau et serveur disproportionnée par rapport à la valeur produite.

Passer de synchronisations permanentes à des synchronisations événementielles (déclenchées par un changement réel) ou en lots (toutes les heures plutôt que toutes les minutes) réduit la charge réseau et serveur. Cela améliore aussi la résilience des systèmes en réduisant le couplage fort.

Lever 5 : allonger la durée de vie du matériel

Pour les déploiements on-premise, la fabrication des serveurs représente une part significative de leur empreinte carbone sur le cycle de vie. Selon l’étude ADEME ARCEP, 50 % de l’empreinte numérique nationale provient de la fabrication et du fonctionnement des terminaux et équipements.

Allonger la durée de vie des serveurs de trois à cinq ans réduit mécaniquement l’empreinte carbone liée à la fabrication. Des pratiques de rénovation (ajout de RAM, remplacement de disques) et une évaluation régulière des taux d’utilisation permettent de différer les renouvellements matériels.

Lever 6 : choisir un éditeur avec une politique RSE mesurable

Lors d’un renouvellement de contrat ou d’une sélection d’ERP, la politique environnementale de l’éditeur est devenue un critère légitime. Les questions à poser :

  • L’éditeur publie-t-il un rapport ESG annuel avec des données d’émissions vérifiées ?
  • Ses engagements sont-ils alignés sur des objectifs validés par Science Based Targets (SBTi) ?
  • Quels data centers hébergent votre instance SaaS, et quelle est leur certification (ISO 14001, ISO 50001) ?
  • L’éditeur propose-t-il des options d’hébergement dans des data centers à énergie renouvelable ?

Un éditeur incapable de répondre à ces questions expose ses clients à un risque de conformité croissant au fur et à mesure que les obligations de reporting scope 3 s’affermissent.

Mesurer l’empreinte carbone de son ERP : par où commencer

Outils de mesure IT disponibles

Trois initiatives françaises méritent d’être connues :

Boavizta est une association française qui développe des outils open source pour mesurer l’empreinte carbone des serveurs et du cloud, en tenant compte à la fois de la fabrication (impacts amont) et de l’usage. Son API calcule l’empreinte d’instances cloud (EC2 AWS, instances OVHcloud) avec une méthodologie documentée et publique.

GreenIT-Analysis est une extension de navigateur qui mesure l’empreinte d’une interface web. Utile pour évaluer les portails et interfaces de votre ERP accessibles depuis un navigateur.

Scaphandre est un outil open source de monitoring de la consommation électrique des serveurs, compatible avec les environnements Linux. Il exporte des métriques vers Prometheus et Grafana, ce qui facilite l’intégration dans un tableau de bord de supervision existant.

Périmètre scope 1/2/3 pour les SI

Adapté à l’IT selon la méthode GHG Protocol :

  • Scope 1 : groupes électrogènes alimentant le data center interne, fluides frigorigènes des systèmes de refroidissement (hors réseau électrique).
  • Scope 2 : électricité consommée par les serveurs, postes de travail, écrans et équipements réseau alimentés par le réseau public.
  • Scope 3 amont : fabrication des serveurs, matériel réseau, postes de travail, packaging. Services numériques achetés (ERP SaaS, services cloud).
  • Scope 3 aval : émissions générées par les utilisateurs distants (réseau ADSL/fibre, poste de travail à domicile) pour accéder à l’ERP.

Pour un premier bilan, concentrez-vous sur le scope 2 (électricité du data center) et le scope 3 amont (services SaaS et fabrication matérielle). Ce sont les postes les plus importants et les plus documentés.

Définir un baseline et des KPIs annuels

Sans mesure initiale, il est impossible d’évaluer les progrès. Les indicateurs utiles pour un ERP :

  • Consommation électrique annuelle des serveurs dédiés à l’ERP (en kWh, mesurée par PDU intelligentes)
  • Volume de données actives en base (Go/To), avec suivi mensuel
  • Nombre de jobs batch actifs et fréquence d’exécution
  • Nombre d’interfaces actives et volume de requêtes API mensuel

Ces quatre métriques permettent de construire un baseline et de mesurer l’impact des actions de sobriété année après année.

Ce que les éditeurs ERP font (et ne font pas) en matière de durabilité

SAP et son programme “Clean Industries”

SAP s’est engagé à atteindre la neutralité carbone pour ses propres émissions (scope 1 et 2) d’ici 2030. Son programme “Clean Industries” vise à aider ses clients à mesurer et réduire leur empreinte via les modules SAP Sustainability Control Tower et SAP Product Carbon Footprint Analytics. Ces solutions permettent de centraliser les données d’émissions et de construire un bilan GHG Protocol automatisé depuis l’ERP.

Ce qui est concret : SAP publie un rapport de durabilité annuel avec des données d’émissions vérifiées par un tiers. Ce qui est à surveiller : les engagements de scope 3 clients restent moins précis que les engagements scope 1 et 2.

Odoo, Microsoft et Oracle : engagements carbone et transparence

Microsoft a pris des engagements parmi les plus ambitieux du secteur : net zéro d’ici 2030, et même bilan carbone négatif d’ici 2050 pour toutes ses émissions historiques. Dynamics 365 est hébergé sur Azure, dont le mix énergétique tend vers 100 % renouvelable sur les régions européennes.

Oracle publie un rapport ESG annuel et s’est engagé à réduire ses émissions de 50 % d’ici 2030 (base 2020). Oracle Cloud Infrastructure (OCI) communique sur ses PUE et son approvisionnement en énergie renouvelable.

Odoo est plus discret sur ce sujet. L’éditeur belge ne publie pas à ce jour de rapport ESG structuré avec données d’émissions vérifiées. Pour un déploiement Odoo SaaS, demandez à votre intégrateur où l’instance est hébergée et quel est le bilan environnemental de cet hébergeur.

Comment challenger son éditeur lors d’un renouvellement

Les questions concrètes à inclure dans un questionnaire éditeur ou un RFP :

  1. Quels sont vos engagements de réduction d’émissions (scope 1, 2, 3) et sont-ils validés SBTi ?
  2. Dans quels data centers mon instance sera-t-elle hébergée ? Quelle est la certification environnementale de ces sites ?
  3. Proposez-vous un reporting de l’empreinte carbone associée à mon usage (consommation CPU, stockage, réseau) ?
  4. Votre politique ESG est-elle auditée par un tiers indépendant ?

Ces questions ne sont plus perçues comme anecdotiques. Elles font partie des due diligences CSRD scope 3 que vos équipes RSE doivent mener sur leurs fournisseurs stratégiques.

Plan d’action sobriété numérique ERP sur 12 mois

Un plan réaliste, séquencé, applicable à une ETI :

Mois 1-2 : audit de l’existant. Inventoriez les modules actifs, les jobs batch, les interfaces, les volumes de données. Mesurez ou estimez la consommation électrique via les données de votre opérateur d’hébergement ou vos PDU. Posez les questions durabilité à votre éditeur ERP.

Mois 3-4 : quick wins modules et batch. Désactivez les modules sans utilisateurs actifs. Réduisez ou supprimez les jobs batch inutiles. Ces actions ne nécessitent pas de budget, seulement du temps DSI et des validations métier.

Mois 5-6 : plan d’archivage. Définissez les règles de rétention par catégorie de données (conformité légale, utilité métier, purge). Lancez une première campagne d’archivage sur les données les plus anciennes. Mesurez la réduction de volume.

Mois 7-8 : revue des interfaces. Avec les équipes intégration, auditez la pertinence et la fréquence de chaque flux. Basculez les synchronisations à forte fréquence vers un mode événementiel ou en lots.

Mois 9-10 : revue de l’hébergement. Si vous êtes en on-premise, évaluez le taux d’utilisation réel de vos serveurs et la pertinence d’une consolidation. Si vous êtes en SaaS, interrogez votre éditeur sur le data center et envisagez un hébergement dans une région à mix énergétique bas carbone.

Mois 11-12 : baseline et reporting CSRD. Publiez un premier bilan de l’empreinte IT de votre ERP dans votre rapport de durabilité. Définissez des objectifs de réduction pour l’année suivante. Incluez les KPIs dans votre tableau de bord DSI.


Pour approfondir les sujets connexes, consultez notre guide CSRD et ERP : comment préparer le reporting durabilité, notre analyse ERP cloud vs on-premise : avantages et inconvénients et notre article sur la stratégie d’archivage et rétention des données ERP.