Le gouvernement espagnol a officiellement reporté l’entrée en vigueur de VeriFactu, le système de facturation électronique certifiée de l’AEAT (Agencia Tributaria). Le Real Decreto-ley 15/2025, publié le 3 décembre 2025, fixe les nouvelles échéances : 1er janvier 2027 pour les sociétés soumises à l’Impuesto sobre Sociedades (IS), et 1er juillet 2027 pour les travailleurs indépendants (autónomos) et autres contribuables.
C’est le deuxième report consécutif. Le calendrier initial prévoyait une mise en conformité dès 2025, puis 2026. Le gouvernement invoque la complexité technique du dispositif et la nécessité d’une mise en œuvre homogène sur l’ensemble du territoire.
Ce que VeriFactu exige concrètement
VeriFactu, défini par le Reglamento de Requisitos de los Sistemas Informáticos de Facturación (RRSIF), impose aux logiciels de facturation quatre garanties : intégrité des registres, inalterabilité (toute modification laisse une trace), traçabilité (chainage cryptographique entre enregistrements) et vérifiabilité par l’AEAT en temps réel ou différé.
En pratique, cela signifie que tout ERP ou logiciel de gestion utilisé par une entreprise espagnole devra embarquer des fonctions de signature cryptographique, de génération de QR codes et de journalisation conforme. Les éditeurs doivent aussi fournir une déclaration de conformité (declaración responsable).
Ce que ça change pour les DSI et DAF
Un budget 2027, pas 2026. Les PME espagnoles qui n’avaient pas encore lancé leur projet de mise en conformité disposent maintenant de 9 à 15 mois supplémentaires. Les investissements en licences ERP et en intégration technique peuvent être planifiés sur l’exercice 2027 au lieu d’être compressés sur le second semestre 2026.
Le report ne supprime pas l’obligation. L’AEAT le précise dans sa note informative du 26 mars 2026 : le cadre antifraude issu du Real Decreto 1007/2023 reste pleinement en vigueur. Les exigences techniques ne changent pas, seul le calendrier recule. Attendre la dernière minute expose à un goulot d’étranglement chez les intégrateurs début 2027.
Un critère de sélection ERP supplémentaire. Pour les entreprises en cours de choix d’ERP, la certification VeriFactu devient un filtre de sélection. Les éditeurs déjà certifiés (ou en phase finale de certification) offrent une garantie que les retardataires ne peuvent pas fournir. C’est un avantage concurrentiel mesurable pour des acteurs comme Holded, Factorial, Wolters Kluwer a3ERP ou Sage Espagne, qui ont anticipé la conformité.
TicketBAI : le Pays Basque, lui, n’attend pas
Contrairement au territoire commun, les trois provinces basques maintiennent leur propre calendrier. Le système TicketBAI, équivalent régional de VeriFactu, est déjà obligatoire à Araba (depuis décembre 2022), Gipuzkoa (depuis juin 2023) et Bizkaia (déploiement progressif en 2026). Les entreprises opérant dans ces territoires ne bénéficient pas du report.
Ce qu’il faut surveiller
Le calendrier VeriFactu a déjà glissé deux fois. Un troisième report n’est pas exclu si l’écosystème d’éditeurs n’est pas prêt fin 2026. L’AEAT a toutefois durci le ton en maintenant la période de tests ouverte : les entreprises peuvent soumettre des registres d’essai dès maintenant via le portail AEAT, ce qui laisse penser que l’administration ne reculera pas indéfiniment.
Côté européen, le parallèle avec la facturation électronique française (Chorus Pro, obligatoire pour les TPE en septembre 2026) et le système italien SDI (en place depuis 2019) montre que l’Espagne reste en retard sur ses voisins. La pression de convergence européenne jouera en faveur d’un maintien du calendrier 2027.
Pour comprendre les enjeux de la facturation électronique dans le contexte ERP européen, consultez notre guide sur la conformité e-invoicing et notre analyse du marché ERP espagnol avec Holded et Factorial.