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ERP IMPLEMENTATION
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ERP pour la production audiovisuelle : cinéma, séries TV et publicité -- guide 2026

Pourquoi les ERP généralistes échouent dans l'audiovisuel. Plan de financement CNC/SOFICA, intermittents, droits SACD : les fonctionnalités indispensables et les logiciels spécialisés.

ERP pour la production audiovisuelle : cinéma, séries TV et publicité -- guide 2026

Le directeur financier d’une société de production indépendante parisienne gère simultanément un long métrage en post-production, une série documentaire en tournage et deux projets en développement. Chacun a son propre plan de financement — avec avances CNC, SOFICA, apports de diffuseurs et crédits d’impôt — son propre régime social (intermittents), et ses propres obligations envers les sociétés d’auteurs. Son logiciel de comptabilité générale ne distingue pas ces entités. Son tableur de budget de production ne parle pas à sa comptabilité. Et son gestionnaire de paie ignore tout du Guichet Unique du Spectacle Occasionnel.

Ce n’est pas un cas isolé. En France, en 2025, le CNC a soutenu la production de 4 157 heures de programmes audiovisuels pour un budget global de 1,9 milliard d’euros. Sur le segment cinéma, 290 films ont été agréés pour 1,37 milliard d’euros d’investissements. Ce secteur à forte intensité financière se gère encore, pour l’essentiel, avec un empilement d’outils sectoriels non connectés. Ce guide explique pourquoi, et ce qu’il faut mettre en place.

Pourquoi la production audiovisuelle est un cas à part pour les ERP

Une entreprise par projet, pas une entreprise en continu

Un distributeur alimentaire, même complexe, a une continuité opérationnelle : les flux de commandes, de stocks et de facturation se répètent de semaine en semaine selon les mêmes processus. Une société de production audiovisuelle, elle, gère une succession de projets discontinus. Chaque film, chaque série, chaque spot publicitaire est une entité économique à durée de vie limitée, avec son propre budget initial, ses propres sources de financement, ses propres équipes recrutées en CDD.

L’implication pour le système d’information est directe : il faut pouvoir ouvrir et fermer des “dossiers de production” — en langage ERP, des projets ou des centres analytiques — indépendants les uns des autres, tout en maintenant une comptabilité consolidée au niveau de la société. Un ERP qui ne propose qu’un seul référentiel clients/fournisseurs et un seul plan comptable sans axes analytiques par production ne peut pas répondre à ce besoin.

Un producteur moyen gère simultanément 3 à 10 oeuvres à des stades différents — développement, production, post-production, exploitation commerciale. Le SI doit permettre une vue consolidée (situation financière globale de la société) et une vue par oeuvre (budget consommé, restes à dépenser, recettes encaissées), sans que l’une nuise à l’autre.

La comptabilité de production vs la comptabilité d’exploitation classique

La comptabilité générale d’une société de production enregistre les charges et produits au niveau de la personne morale. La comptabilité de production, elle, suit le budget et les dépenses d’une oeuvre spécifique selon un plan de comptes sectoriel — le plan comptable professionnel défini par les syndicats et adopté par convention avec le CNC.

Ce plan comptable de production répartit les dépenses par “postes” normalisés : rémunérations artistiques, rémunérations techniques, décors et costumes, pellicule et laboratoire (ou équivalent numérique), frais de post-production, droits musicaux, frais généraux de production. Ces postes correspondent aux lignes d’un budget prévisionnel de production, pas aux classes du plan comptable général (6x/7x).

Les deux comptabilités doivent coexister et être réconciliées : les dépenses enregistrées dans la comptabilité de production doivent se retrouver dans la comptabilité générale, et les subventions et avances récupérables du CNC doivent être correctement qualifiées en comptabilité (avance remboursable, subvention d’investissement, etc.). Sans outil capable de gérer les deux référentiels simultanément, la réconciliation mensuelle mobilise plusieurs jours de travail comptable.

Les intermittents du spectacle : un régime social unique en Europe

La production audiovisuelle et cinématographique repose sur le régime des intermittents du spectacle, un statut d’emploi sans équivalent direct dans les autres pays européens. En 2024, 305 000 salariés intermittents ont travaillé dans le secteur en France, générant 3 milliards d’euros de masse salariale pour 129 millions d’heures travaillées, auprès de 119 000 employeurs relevant des annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes) de l’Assurance chômage.

Pour un producteur, le régime intermittent implique :

  • Des contrats à durée déterminée d’usage (CDDU) renouvelés à chaque film ou mission, avec des conventions collectives spécifiques (CCNPF pour le cinéma, CCN de la production audiovisuelle)
  • Des cotisations sociales calculées sur des bases différentes du régime général, avec des contributions spécifiques à l’AFDAS, l’Audiens et la Caisse des Congés Spectacles
  • Des déclarations via le Guichet Unique du Spectacle Occasionnel (GUSO) pour les employeurs occasionnels, ou via un logiciel de paie spectacle pour les productions régulières

Les logiciels de paie généralistes (Sage Paie, ADP, Silae) ne gèrent pas nativement les spécificités du spectacle. Les solutions dédiées — Pégase Spectacle, Spaiectacle, ou la suite Studio de Xotis — intègrent les grilles de salaires conventionnelles, les cotisations sectorielles et la génération des documents spécifiques (feuilles de paie avec mention de l’annexe, attestations Assedic pour les intermittents).

Les fonctionnalités ERP critiques pour un producteur audiovisuel

Budget par oeuvre et plan de financement

Le plan de financement d’une oeuvre audiovisuelle est un document structuré qui recense toutes les sources de financement avant le premier jour de tournage. Il comprend typiquement :

  • Avances CNC : le Compte de Soutien à l’Industrie des Programmes (COSIP) et l’Investissement Français dans les coproductions Internationales (IFCIP) versent des avances récupérables sur les recettes futures de l’oeuvre
  • SOFICA : les Sociétés pour le Financement de l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle ont collecté 73 millions d’euros en 2024 pour financer 186 films et séries, pour un investissement global de 65,8 millions
  • Apport diffuseur : la chaîne de télévision ou la plateforme SVOD coproductrice engage un montant contractuellement défini en échange de droits de diffusion limités
  • Crédit d’impôt cinéma : 30 % des dépenses éligibles pour les films en langue française, 25 % pour les documentaires et fictions audiovisuels
  • Coproducteurs étrangers : apports en numéraire ou en services, avec des obligations de reporting spécifiques

L’ERP doit modéliser ce plan de financement avec les conditions de versement de chaque ligne (tranches, jalons, conditions suspensives) et alerter automatiquement lorsqu’une condition de versement est remplie ou lorsqu’un décalage de trésorerie est anticipé.

Gestion des droits et des ayants droit

La “dette patrimoniale” d’un producteur, c’est l’ensemble des engagements de rémunération envers les ayants droit — auteurs, réalisateurs, compositeurs, scénaristes — sur les exploitations successives de l’oeuvre. Ces rémunérations s’étalent sur la durée de vie commerciale de l’oeuvre, parfois plusieurs décennies.

Trois organismes collectifs jouent un rôle central dans ce système :

  • La SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) collecte les droits des réalisateurs et scénaristes sur les diffusions TV, les entrées cinéma et les exploitations numériques
  • La SACEM perçoit les droits sur les oeuvres musicales incorporées dans la production
  • La SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédias) gère notamment les documentaires et les oeuvres interactives

L’ERP doit suivre les contrats de cession de droits conclus avec chaque ayant droit, les bases de calcul des rémunérations proportionnelles et les reversements effectués. Sans cette traçabilité, les contrôles de la SACD ou les négociations de renouvellement de droits deviennent des opérations manuelles chronophages et à risque d’erreur.

Suivi des cessions de droits

Chaque oeuvre peut générer des recettes sur de multiples fenêtres d’exploitation, organisées selon la chronologie des médias définie par accord interprofessionnel en France : salle, VOD transactionnelle, SVOD premium, DVD/Blu-ray, diffusion TV payante, diffusion TV gratuite, SVOD ouverte, export international.

L’ERP doit suivre pour chaque fenêtre d’exploitation : les droits cédés, la durée et le territoire, les minimums garantis et les royalties variables, et les recettes effectivement encaissées. Cette gestion des “recettes producteur” est la base du calcul des comptes de production définitifs, documents obligatoires soumis au CNC et aux coproducteurs.

Interface avec la paie des intermittents

Les productions de taille moyenne ou grande dépassent rapidement le seuil de recours au GUSO et doivent utiliser un logiciel de paie spectacle. L’intégration entre l’ERP de production et le logiciel de paie est un point critique : le budget de production prévoit le nombre de jours et le niveau de rémunération de chaque poste technique ; la paie doit refléter les engagements réels.

Sans interface automatique, les équipes saisissent deux fois les mêmes données — une fois dans l’ERP pour l’imputation budgétaire, une fois dans le logiciel de paie pour le calcul des bulletins. Ce double saisie est une source d’écarts et d’erreurs qui compliquent les réconciliations.

TVA à taux réduit

Le secteur audiovisuel présente des particularités en matière de TVA qui doivent être correctement paramétrées dans l’ERP :

  • 5,5 % s’applique aux droits de représentation théâtrale et à certains services culturels
  • 20 % s’applique aux prestations techniques de production (louage de matériel, post-production)
  • Exonération pour certaines cessions de droits d’auteur selon les conditions prévues à l’article 261 du CGI

Un ERP mal paramétré sur ces taux peut générer des rappels de TVA significatifs lors d’un contrôle fiscal.

Les logiciels spécialisés du marché

Movie Magic Budgeting & Scheduling (référence internationale)

Développé par Entertainment Partners, Movie Magic Budgeting est la référence mondiale pour le budget de production cinéma et TV. Il est estimé à environ 90 % des productions professionnelles hollywoodiennes, les studios et bond companies imposant le format .mbb comme standard.

Movie Magic Budgeting intègre les conventions collectives américaines (SAG-AFTRA, DGA, IATSE, Teamsters) avec une précision qui n’a pas d’équivalent. Son jumeau Movie Magic Scheduling permet la décomposition du scénario en scènes et la construction du plan de travail.

Limite : son intégration avec les ERP de gestion financière reste minimale. Movie Magic est un outil de production, pas un outil de comptabilité. Il exporte des budgets en formats ouverts (CSV, Excel), mais ne communique pas nativement avec un ERP tel que SAP ou Sage. Pour les productions françaises, il ne gère pas les spécificités du plan de financement CNC ni les cotisations intermittents.

Gorilla (Jungle Software)

Alternative indépendante à Movie Magic, Gorilla Budgeting et Gorilla Scheduling de Jungle Software visent les productions indépendantes et de taille moyenne. Moins coûteux, accessible en ligne, avec des fonctionnalités de collaboration en temps réel, Gorilla correspond aux besoins des sociétés de production qui n’ont pas les volumes justifiant la licence Movie Magic.

Même limitation que Movie Magic : pas d’intégration native avec un ERP de gestion, pas de gestion des spécificités françaises.

La suite Xotis (marché français)

Xotis est l’éditeur de référence sur le marché français pour les logiciels de gestion des sociétés de production audiovisuelle. La suite comprend :

  • Louma : comptabilité de production, sur le plan de comptes sectoriel normalisé, avec réconciliation automatique avec la comptabilité générale
  • Peplum : budgétisation de production, avec gestion des postes selon la structure du plan de financement CNC
  • Studio : gestion de la paie spectacle, avec les grilles conventionnelles (cinéma, audiovisuel, spectacle vivant) et les cotisations sectorielles (AFDAS, Audiens, Caisse des Congés Spectacles)
  • Facto : facturation audiovisuelle, avec les spécificités de TVA du secteur

La suite Xotis est utilisée dans les programmes de formation des administrateurs de production (INA, CIFAP) — ce qui signifie qu’elle correspond au référentiel métier du secteur. Son intégration interne est son principal atout : le budget Peplum pilote la comptabilité Louma, qui se réconcilie avec la paie Studio.

Comparatif fonctionnel rapide

CritèreMovie MagicGorillaXotis Suite
Plan de financement CNCNonNonOui
Comptabilité production FRNonNonOui (Louma)
Paie intermittentsNonNonOui (Studio)
Collaboration cloudLimitéeOuiPartiel
Intégration ERP tiersExport CSVExport CSVAPI limitée
CibleStudios, grands filmsIndépendantsProductions FR

Quand un ERP généraliste peut suffire (et comment l’adapter)

Pour les sociétés de production à fort volume — grands groupes médias, filiales de studios, groupes audiovisuels intégrés — un ERP généraliste lourdement paramétré peut répondre aux besoins, sous conditions.

SAP S/4HANA est utilisé par les grandes structures médias (Vivendi, TF1 Groupe, M6 Groupe) pour la comptabilité financière et le contrôle de gestion. La gestion de production reste assurée par des outils spécialisés tiers, avec des interfaces SAP développées sur mesure. Le coût d’un tel projet est significatif — typiquement plusieurs centaines de milliers d’euros de développement spécifique — et ne se justifie qu’à partir d’une certaine taille.

Sage X3 peut être adapté pour la production audiovisuelle avec des développements spécifiques sur les axes analytiques et la gestion multi-projets. Plusieurs intégrateurs Sage proposent des verticales sectorielles pour la production audiovisuelle, mais leur profondeur fonctionnelle reste inférieure à celle de la suite Xotis sur les points réglementaires français.

Odoo est adopté par certaines structures indépendantes de taille moyenne pour sa modularité et son rapport qualité/coût. Les modules “Projets” et “Comptabilité” d’Odoo peuvent être paramétrés pour la gestion multi-productions, mais sans équivalent des fonctionnalités de paie intermittents ou de gestion des droits.

L’intégration avec les outils métier et les organismes

Interface GUSO / France Travail

Le GUSO (Guichet Unique du Spectacle Occasionnel), géré par France Travail, permet aux employeurs occasionnels du spectacle d’effectuer les déclarations et paiements de cotisations des intermittents en une seule démarche. Depuis 2021, toutes les déclarations sont obligatoirement dématérialisées via l’espace employeur en ligne.

Pour les productions récurrentes, le logiciel de paie spectacle (Studio de Xotis, Pégase Spectacle, Silaé Spectacle) prend le relais du GUSO et produit les DSN mensuelles. L’enjeu d’intégration : que le déclenchement d’un contrat dans l’ERP de production alimente automatiquement la préparation de la paie, sans double saisie.

Interfaces CNC (télédéclaration des comptes de production)

Le CNC exige des producteurs aidés la transmission des comptes de production définitifs dans les 36 mois suivant la sortie de l’oeuvre. Ces comptes doivent respecter le format normalisé du plan comptable de production et servir au calcul du COSIP reversé. Un ERP qui produit nativement ce format (comme Louma de Xotis) évite une retraitement manuel chronophage et réducteur de risque d’erreur.

Outils de planification et de casting

Les outils de planification (Movie Magic Scheduling, StudioBinder, Yamdu) gèrent le découpage technique du scénario, le plan de travail et la feuille de service. Ils produisent des données précieuses pour l’ERP : le nombre prévu de jours de tournage par décor, le nombre de jours de contrat par technicien, les besoins en matériel par séquence. L’intégration entre le planning et l’ERP reste le maillon faible de l’écosystème : la plupart des échanges se font encore via export Excel.

Checklist pour choisir son système de gestion : 8 critères

Avant de sélectionner une solution, un producteur audiovisuel doit vérifier ces huit points :

  1. Gestion multi-productions simultanées : peut-on ouvrir un dossier analytique par oeuvre, avec des comptabilités séparées, tout en consolidant au niveau de la société ?
  2. Plan comptable de production sectoriel : le logiciel propose-t-il nativement le plan de comptes CNC, ou faut-il le paramétrer manuellement à chaque projet ?
  3. Plan de financement structuré : peut-on saisir les lignes CNC/SOFICA/diffuseur/tax rebate avec leurs conditions de versement et suivre les encaissements réels ?
  4. Paie intermittents intégrée : y a-t-il une interface automatique avec un logiciel de paie spectacle, ou faut-il une double saisie ?
  5. Gestion des droits et des ayants droit : peut-on suivre les contrats de cession par oeuvre, les bases de calcul des rémunérations proportionnelles et les reversements SACD/SACEM/SCAM ?
  6. Suivi des cessions de droits par fenêtre : le système permet-il de suivre les recettes par fenêtre d’exploitation (salle, VOD, TV, export) et de calculer les reversements aux coproducteurs ?
  7. Taux de TVA paramétrables : les spécificités sectorielles (5,5 %, exonérations sur droits d’auteur) sont-elles gérées nativement, ou nécessitent-elles des développements spécifiques ?
  8. Production des comptes de production CNC : le logiciel génère-t-il directement le format attendu par le CNC, ou faut-il une retraitement externe ?

Pour approfondir les thématiques connexes, consultez notre guide sur l’ERP pour les maisons d’édition et les médias numériques — droits, royalties et abonnements et notre article sur la comptabilité de projet dans l’ERP — WBS, SAP PS, Dynamics 365 et Oracle PPM. Pour les structures de services qui gèrent des cycles par consultant, le guide ERP pour le portage salarial aborde des problématiques similaires de gestion de contrats à durée limitée.