Le Stortinget — le Parlement norvégien — a formellement adopté la Prop. 44 L (2025-2026), amendant le bokføringsloven (loi sur la tenue de livres) pour rendre la facturation électronique B2B obligatoire à partir du 1er janvier 2027 (VATupdate, 16 juin 2026). La loi instaure également une phase 2 : réception obligatoire et comptabilité numérique à partir du 1er janvier 2030.
Contexte : une infrastructure Peppol déjà mature
La Norvège n’est pas un débutant en facturation électronique. Le pays compte parmi les pionniers du réseau Peppol — le standard d’interopérabilité européen pour l’échange de factures structurées — et impose déjà la e-facturation pour les marchés publics (B2G) depuis plusieurs années (Sovos).
Ce qui change avec la Prop. 44 L, c’est l’extension au périmètre B2B privé : toutes les entreprises soumises à l’obligation comptable (bokføringspliktige) devront émettre leurs factures au format structuré EHF (Elektronisk Handelsformat) via le réseau Peppol. Le registre ELMA — l’annuaire norvégien des participants Peppol — devient la référence pour identifier les destinataires éligibles.
Une exemption est prévue pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à NOK 50 000 (VATcalc). Les ventes B2C et les règlements en espèces sont exclus du périmètre.
Impact pour les entreprises norvégiennes
Phase 1 — 1er janvier 2027 : émission obligatoire
Dès le 1er janvier 2027, chaque entreprise soumise à l’obligation comptable devra émettre ses factures B2B au format EHF 3.0 / Peppol BIS Billing 3.0 (SEEBURGER). Les PDF envoyés par email ne constituent plus des factures valides pour les transactions interentreprises.
Concrètement, l’ERP ou le système de facturation doit être capable de :
- Générer des factures au format UBL structuré conforme Peppol BIS Billing 3.0
- Se connecter au réseau Peppol via un Access Point certifié (module natif ou connecteur tiers)
- Vérifier que le destinataire est bien enregistré dans ELMA avant l’envoi
Pour les DSI, le délai est serré : le go-live réglementaire est au 1er janvier 2027, ce qui signifie que le choix du connecteur, la recette et la formation doivent être finalisés avant fin 2026.
Phase 2 — 1er janvier 2030 : réception et comptabilité numérique
La deuxième phase est plus structurante. Les entreprises devront non seulement recevoir les factures électroniques mais aussi tenir leur comptabilité dans un système numérique homologué (Banqup). C’est un changement de paradigme pour les PME qui utilisent encore des outils hybrides, avec exports CSV et traitement manuel en bout de chaîne.
Pour les éditeurs ERP actifs sur le marché norvégien — Visma, Monitor ERP, Tripletex, 24SevenOffice — c’est une opportunité de migration vers des offres full-cloud intégrant nativement un Access Point Peppol.
Ce qu’il faut surveiller
Skatteetaten (l’administration fiscale norvégienne) doit encore publier les décrets d’application précisant les modalités d’archivage, les délais de correction d’erreur et le périmètre détaillé des exemptions de seuil (Logiqconnect). Les entreprises norvégiennes opérant aussi dans des pays de l’UE devront également surveiller l’avancement du règlement ViDA (VAT in the Digital Age), qui vise à généraliser le reporting numérique en temps réel à l’échelle européenne.
Dates clés :
- T3 2026 : publication attendue des décrets d’application de Skatteetaten
- 31 décembre 2026 : deadline de mise en conformité ERP/EDI pour la phase 1
- 1er janvier 2027 : obligation d’émission B2B en vigueur
- 1er janvier 2030 : obligation de réception + comptabilité numérique
La logique est identique à ce que la Belgique a mis en place depuis le 1er janvier 2026 : une obligation d’émission d’abord, une obligation de réception ensuite, avec le réseau Peppol comme colonne vertébrale commune.
Pour comprendre ce que cette obligation implique concrètement dans un ERP, lisez notre analyse de la facturation électronique Peppol obligatoire en Belgique et notre guide des ERP nordiques (Visma, Fortnox, Exact) qui couvre les acteurs logiciels directement concernés par cette nouvelle contrainte.