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ERP IMPLEMENTATION
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Directive Omnibus UE 2026 : ce que la simplification CSRD/CSDDD change concrètement pour votre ERP

La directive Omnibus UE simplifie la CSRD et la CSDDD. 80 % des entreprises sortent du périmètre obligatoire. Découvrez l'impact concret sur vos modules ERP ESG et le plan d'action post-Omnibus.

Directive Omnibus UE 2026 : ce que la simplification CSRD/CSDDD change concrètement pour votre ERP

Depuis début 2025, la Commission européenne a engagé une révision profonde de deux directives qui avaient mobilisé des équipes entières dans les directions informatiques et financières des ETI : la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et la CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive). Le résultat s’appelle le paquet Omnibus. Il est désormais en vigueur : la première partie, dite “stop-the-clock”, est entrée en application en avril 2025 ; la directive de fond (Omnibus I) a été publiée au Journal officiel de l’UE en février 2026.

Pour une DSI ou une DAF d’ETI, la question est simple : qu’est-ce que cela change concrètement pour les investissements SI déjà engagés, ou ceux qui hésitaient ? Ce guide répond sans jargon juridique.

Qu’est-ce que la directive Omnibus et pourquoi elle change la donne pour les ERP ESG ?

La proposition de février 2025 et le “stop-the-clock”

Le 26 février 2025, la Commission européenne a publié un paquet législatif visant à alléger les obligations de reporting durabilité pesant sur les entreprises européennes. Ce paquet comportait deux volets.

Le premier volet, traité en procédure accélérée, est la directive 2025/794 dite “stop-the-clock” : adoptée le 16 avril 2025, elle suspend immédiatement les obligations de la deuxième vague CSRD. Concrètement, les entreprises de plus de 250 salariés qui n’étaient pas encore soumises à la NFRD ont vu leur première obligation de reporting décalée de deux ans : elle s’applique désormais aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027 (et non 2025 comme prévu initialement). La CSDDD voit de son côté son délai de transposition repoussé au 26 juillet 2027 et sa première vague d’application au 26 juillet 2028.

Le second volet, plus substantiel, est la directive Omnibus I, publiée au Journal officiel de l’UE le 26 février 2026 après un accord interinstitutionnel en décembre 2025. C’est ce texte qui remodèle durablement le périmètre des deux directives.

Nouveau périmètre CSRD : les ETI qui sortent du scope et celles qui y restent

La directive Omnibus I relève significativement le seuil d’application de la CSRD. Selon la proposition de la Commission (COM(2025)80 final), seules les entreprises répondant simultanément aux deux critères suivants seraient soumises au reporting obligatoire :

  • Plus de 1 000 salariés en moyenne sur l’exercice
  • Chiffre d’affaires net supérieur à 50 M€ ou total du bilan supérieur à 25 M€

L’impact volumétrique est massif. La Commission estimait une réduction d’environ 80 % du nombre d’entreprises concernées, passant de quelque 50 000 à environ 5 000 entités dans l’Union européenne. Pour les ETI françaises de 250 à 1 000 salariés, qui représentaient l’essentiel de la “deuxième vague”, la sortie du périmètre obligatoire est désormais actée.

Les entreprises qui restent dans le champ obligatoire sont les grandes entreprises cotées et non cotées dépassant le nouveau seuil, ainsi que les filiales européennes de groupes non-UE affichant plus de 150 M€ de chiffre d’affaires sur le territoire européen.

CSDDD simplifiée : ce qui change sur la due diligence chaîne d’approvisionnement

La CSDDD, directive sur le devoir de vigilance en matière de durabilité des entreprises, est également reformée en profondeur. Le seuil d’application de la première vague est relevé à plus de 5 000 salariés (contre 1 000 dans le texte original), avec un seuil de chiffre d’affaires revu à la hausse. Cette évolution impacte directement les modules de gestion fournisseurs des ERP : les obligations de cartographie et de surveillance de la chaîne d’approvisionnement ne concernent plus que les plus grandes organisations.

Modules ERP ESG/CSRD : ce qui change, ce qui reste

Collecte de données carbone : toujours utile, même hors périmètre obligatoire

La sortie du périmètre CSRD ne signifie pas que les données carbone n’ont plus de valeur dans votre système d’information. Les grandes entreprises qui restent soumises à la CSRD doivent toujours déclarer leurs émissions scope 3, c’est-à-dire les émissions indirectes liées à leurs fournisseurs et sous-traitants. Si vos clients grands comptes font partie de cette catégorie, ils vous demanderont vos données d’intensité carbone, vos facteurs d’émission ou vos bilans GES : pas par obligation légale qui vous incombe directement, mais parce que c’est leur obligation à eux.

En d’autres termes, un module de collecte carbone dans votre ERP reste pertinent si vous êtes fournisseur d’entreprises soumises à la CSRD. L’utilité a changé de nature : de compliance obligatoire, elle devient avantage compétitif et prérequis commercial.

ESRS simplifié : moins de datapoints, moins de paramétrage ERP

Pour les entreprises qui demeurent dans le périmètre, la directive Omnibus I mandate la Commission européenne pour réviser les standards ESRS (European Sustainability Reporting Standards) dans un délai de six mois suivant l’entrée en vigueur du texte. L’EFRAG, l’organisme technique en charge de ces standards, a reçu mandat de réduire le nombre de points de données obligatoires, de clarifier la distinction entre indicateurs obligatoires et volontaires, et de renforcer l’application du principe de matérialité.

Ce que cela signifie côté ERP : si vous avez déjà paramétré des flux de collecte de données selon les ESRS actuels, un audit de vos configurations s’imposera dès que les ESRS révisés seront publiés. Certains flux pourront être simplifiés ou supprimés ; d’autres, jugés prioritaires, devront conserver leur niveau de fiabilité et de traçabilité.

Les éditeurs ERP adaptent leurs roadmaps ESG

Les principaux éditeurs d’ERP du marché, SAP, Oracle, Workday, Sage, Microsoft, ont tous lancé ces deux dernières années des modules ou des extensions dédiées au reporting durabilité. Aucun d’entre eux n’a annoncé d’arrêt ou de désengagement suite à Omnibus : le marché des entreprises restant dans le périmètre (environ 5 000 en Europe) représente encore une base cliente importante. En revanche, on observe une réorientation des argumentaires : de l’obligation réglementaire vers la valeur opérationnelle (pilotage interne, reporting volontaire, financement vert). Avant de prendre une décision sur votre module ESG, vérifiez directement auprès de votre éditeur sa roadmap 2026-2027 et les éventuelles adaptations tarifaires liées à la réduction du périmètre réglementaire.

Pour les entreprises qui sortent du périmètre CSRD : faut-il vraiment tout arrêter ?

La pression scope 3 reste : vos clients cotés ont besoin de vos données

C’est le point que beaucoup d’ETI sous-estiment au moment de reprendre leur souffle. Une entreprise de 600 salariés qui sort du périmètre CSRD ne sera plus auditée sur ses données ESG. Mais si elle est fournisseur d’une grande entreprise cotée qui, elle, reste dans le périmètre, cette grande entreprise devra déclarer le bilan carbone de toute sa chaîne d’approvisionnement (scope 3). Elle demandera donc à ses fournisseurs de lui transmettre leurs données d’émissions, leurs pratiques sociales ou leur politique de gouvernance.

Les questionnaires de type EcoVadis, CDP ou questionnaires maison se multiplient précisément pour répondre à ce besoin. Disposer d’un système d’information capable de produire ces données de façon traçable, répétable et auditée reste un différentiateur commercial réel, indépendamment de toute obligation légale directe.

Accès au financement vert et taxonomie UE : les banques continuent d’exiger

La taxonomie européenne des activités durables n’a pas été supprimée par Omnibus. Les banques et investisseurs qui distribuent des produits financiers verts (obligations, prêts verts, fonds ESG) restent soumis à leurs propres obligations de reporting et maintiennent leurs critères d’éligibilité pour les emprunteurs. En pratique, pour accéder à un financement vert ou à certains appels à projets publics, la production de données ESG fiables reste un prérequis que votre ERP peut faciliter.

Anticipation : le seuil peut rebaisser dans la prochaine mandature

Le paquet Omnibus est une réponse politique à un contexte économique spécifique (compétitivité européenne, charge administrative perçue comme excessive). Un changement de majorité au Parlement européen, une pression diplomatique internationale sur les standards de durabilité, ou simplement les travaux du rapport Draghi sur la compétitivité, pourrait conduire à de nouveaux ajustements dans les années qui viennent. Les entreprises qui maintiennent un dispositif SI minimal gardent une capacité de montée en charge rapide, là où celles qui abandonnent tout devront repartir de zéro.

Recommandation pratique : module “light” plutôt que suite complète

Si vous sortez du périmètre obligatoire mais restez exposé aux demandes scope 3 de vos clients, la bonne posture n’est ni l’abandon total ni le maintien d’une configuration complète coûteuse. Orientez-vous vers un paramétrage minimal : collecte des émissions directes scope 1 et 2, quelques indicateurs sociaux clés (effectifs, taux d’accidents, formation), et un document de politique de gouvernance. Cela répond à 80 % des questionnaires clients sans mobiliser une équipe dédiée au reporting durabilité.

Pour les entreprises toujours dans le périmètre CSRD : qu’est-ce qui change dans leur ERP ?

ESRS simplifié : auditez vos paramétrages dès maintenant

Si vous êtes dans le périmètre des 5 000 entreprises qui restent soumises à la CSRD, la bonne nouvelle est que le volume de données à collecter va diminuer. La mauvaise nouvelle est que vous ne savez pas encore lesquelles seront supprimées : les ESRS révisés seront publiés au second semestre 2026 au plus tôt. La posture conseillée est de documenter précisément vos flux de collecte actuels, de les cartographier par standard ESRS, et de prévoir un chantier d’audit de configuration dans votre ERP dès que les textes seront disponibles.

Format XBRL/iXBRL : les connecteurs ERP restent nécessaires

Le dépôt du rapport de durabilité en format XBRL/iXBRL est maintenu par Omnibus. Les connecteurs entre votre ERP ou votre outil de reporting ESG et les formats de dépôt réglementaire restent donc un investissement pérenne. Ce n’est pas une ligne budgétaire à supprimer.

Calendrier révisé : faut-il repousser un projet en cours ou le maintenir ?

Si vous aviez un projet de mise en conformité CSRD planifié pour 2025-2026, la révision du calendrier donne du temps supplémentaire. La recommandation est de ne pas arrêter un projet en cours qui avance bien, mais de profiter du délai pour intégrer les ESRS simplifiés dès leur publication plutôt que de paramétrer les standards actuels pour les reprendre six mois plus tard.

Plan d’action DSI : adapter sa stratégie ERP ESG post-Omnibus

La réponse rationnelle au paquet Omnibus tient en quatre étapes.

Étape 1 : Vérifiez si votre entreprise entre dans les nouveaux seuils. Le calcul se fait sur données consolidées si vous faites partie d’un groupe. Si votre effectif moyen sur l’exercice dépasse 1 000 salariés, vous êtes potentiellement dans le périmètre ; confirmez avec votre conseil juridique ou votre commissaire aux comptes sur la base du texte transposé en droit national.

Étape 2 : Auditez les investissements ERP ESG déjà réalisés. Pour chaque module ou configuration mis en place, identifiez son coût de maintien, les données qu’il produit, et qui les utilise. Distinguez ce qui répond à une obligation réglementaire, ce qui répond à une demande client (scope 3), et ce qui n’a plus de justification directe.

Étape 3 : Identifiez les données carbone déjà utiles hors réglementation. Faites la liste de vos cinq plus gros clients. Sont-ils soumis à la CSRD ? Si oui, ils vous demanderont vos données carbone. Cela suffit à justifier le maintien d’une collecte minimale dans votre SI.

Étape 4 : Décidez en connaissance de cause. Trois postures sont possibles : pause du projet (si vous sortez du périmètre et n’avez pas de pression clients), réorientation vers le reporting volontaire et les demandes clients, ou accélération vers la conformité (si vous restez dans le périmètre et pouvez utiliser le délai pour mieux préparer la mise en conformité). La quatrième posture, l’abandon total, n’est défendable que pour des entreprises sans client grand compte soumis à la CSRD.

Tableau de synthèse : avant/après Omnibus pour votre ERP

ObligationAvant OmnibusAprès OmnibusImpact ERP
Reporting CSRD obligatoireEntreprises > 250 salariés (2e vague)Entreprises > 1 000 salariésLa majorité des ETI sortent du périmètre obligatoire
Délai 2e vague CSRDExercice 2025 (1re publication 2026)Exercice 2027 (1re publication 2028)Délai de 2 ans pour les entreprises restant dans le périmètre
Standards ESRS12 standards, plusieurs centaines de datapointsESRS révisés (publication fin 2026)Audit de configuration ERP à prévoir à réception des ESRS révisés
Format de dépôt XBRLObligatoireMaintenuConnecteurs ERP-reporting ESG toujours nécessaires
CSDDD 1re vagueJuillet 2027, > 1 000 salariésJuillet 2028, > 5 000 salariésModules ERP achats/fournisseurs : périmètre réduit mais obligations maintenues pour les concernés
Données scope 3 fournisseursDemandes croissantes des clients CSRDInchangé (pression clients maintenue)Collecte carbone minimal reste justifiée pour fournisseurs de grands comptes

Pour les entreprises qui restent dans le périmètre CSRD ou qui continuent à être exposées aux demandes scope 3 de leurs clients, nos articles complémentaires vous aideront à aller plus loin : consultez notre guide complet CSRD et ERP 2026 pour une vue détaillée des modules de reporting durabilité, et notre guide ESG pour PME fournisseurs si vous êtes une ETI qui sort du périmètre obligatoire mais doit répondre aux questionnaires de vos clients. Pour le volet réglementaire adjacent, lisez également notre article sur le CBAM et l’ERP : la taxe carbone aux frontières de l’UE n’a pas été touchée par Omnibus et concerne les entreprises qui importent des biens à forte intensité carbone.