Sept jours après le basculement du 1er septembre 2026, la fracture est nette : parmi les éditeurs qui avaient engagé une procédure d’immatriculation en Plateforme Agréée (PA) auprès de la DGFiP, une partie a tenu parole, une autre a renoncé dans les semaines précédant la date limite. Ce bilan J+7 se concentre sur une question précise — et souvent occultée par les débats sur les taux d’adoption PME : votre ERP a-t-il vraiment été au bout de sa promesse réglementaire ?
Contexte : 147 PA au 21 août, mais 10 absentes au départ
Au 21 août 2026, la DGFiP avait immatriculé 147 plateformes agréées. Dix acteurs précédemment référencés dans les listes de candidats n’y figuraient plus : EBP, Cogilog, Cerfrance, Agiris, Henrri, Evoliz, Freebe, Obat, Dolibarr et Zeendoc.
La raison varie selon les cas :
- Certains ont renoncé à leur candidature pour se repositionner en “solution compatible” — c’est-à-dire un logiciel qui produit des fichiers conformes mais délègue l’acheminement réglementaire à une PA tierce.
- D’autres n’ont pas complété la procédure d’immatriculation à temps (tests d’interopérabilité, audit initial, documentation technique).
Cette distinction est capitale pour les équipes DSI et DAF qui gèrent un parc ERP : un éditeur “absent de la liste PA” n’t est pas synonyme de “non conforme”, mais implique une couche supplémentaire de contrats, de configuration et de points de défaillance potentiels.
Les ERP qui ont maintenu leur statut de PA
Sage
Sage figure parmi les premières PA immatriculées, dès fin 2025. La version Sage 100 v12.20 couvre nativement la réception Factur-X et les 44 cas d’usage identifiés par la DGFiP (factures d’acompte, avoirs, situations multi-livraisons, etc.). Le service Sage Network est inclus dans l’abonnement jusqu’à 12 000 factures par an — sans surcoût pour les PME et ETI dont le volume reste dans cet ordre de grandeur (source : facturation-electronique-tpe.fr).
Point d’attention : les entreprises sous Sage 50 ou sur des versions antérieures à la v12.20 de Sage 100 doivent vérifier leur éligibilité au flux natif. Le module ACS (Automatisation Comptable Sage) n’est pas requis pour la réception sur v12.20+, mais reste nécessaire pour les flux d’émission complexes.
Cegid
Cegid a obtenu son immatriculation fin 2025 également. La solution couvre à la fois les grandes entreprises (via Cegid XRP Flex) et les ETI (via Cegid Quadra), avec un connecteur PA intégré. L’éditeur a communiqué sur la prise en charge native des formats Factur-X, UBL 2.1 et CII. La configuration e-reporting pour les flux B2C et internationaux est disponible depuis le premier semestre 2026 (source : cegid.com).
SAP
SAP a obtenu son immatriculation PA début 2026. Le connecteur SAP Document and Reporting Compliance (SAP DRC) gère les flux France en natif pour les clients SAP S/4HANA Cloud et ECC. Les grandes entreprises sous SAP sont les mieux équipées pour absorber la volumétrie d’émission dès le 1er septembre (source : sap-drc-architecture recherchée sur le site).
Odoo
Odoo a obtenu son statut de PA auprès de la DGFiP et sorti son module eInvoicing officiel début juin 2026 — soit trois mois avant la date effective. La plateforme ne facture ni l’activation de la PA ni le volume de factures émises ou reçues : l’abonnement standard couvre l’ensemble (source : blog.tout-pour-la-gestion.com). C’est un avantage structurel pour les PME en hypercroissance dont le volume factural progresse vite.
Le module Odoo supporte Factur-X, UBL et CII, et gère l’e-reporting. Point de vigilance : le déploiement du module sur des instances Odoo Community (open source) requiert un accès PA distinct — Odoo étant PA uniquement via Odoo.com (SaaS).
Generix, Esker, Itesoft
Parmi les autres PA immatriculées notables : Generix Group, Esker et Itesoft — trois acteurs historiques de la dématérialisation documentaire qui ne sont pas des ERP généralistes, mais des spécialistes du flux factures. Pour les entreprises dont l’ERP n’est pas lui-même PA, ces opérateurs constituent une option d’interconnexion solide.
Les ERP qui ont renoncé — et ce que leurs clients doivent faire
EBP
EBP, l’un des acteurs historiques de la gestion PME en France, s’est retiré de la liste des PA pour se repositionner en “solution compatible”. En pratique, EBP prépare les factures au bon format mais délègue l’acheminement à une PA partenaire (source : ma-facture-electronique.org). Les clients EBP doivent souscrire un contrat distinct avec une PA, ou s’assurer que la PA partenaire est correctement intégrée dans leur configuration EBP. Le surcoût et la dépendance à un tiers supplémentaire sont réels.
Dolibarr
Dolibarr n’a jamais vocation à devenir PA — par construction. Un ERP open source autohébergé ne peut pas porter les obligations réglementaires imposées aux plateformes (audit biennal, rapport de surveillance, responsabilité de transmission fiscale). La position de l’éditeur est claire : “Dolibarr n’est pas une plateforme agréée, et n’a pas vocation à le devenir”.
Depuis le 30 juillet 2026, le module eInvoicing 1.0.3 est disponible gratuitement sur le DoliStore. Il génère les fichiers Factur-X conformes et pilote les échanges via API avec des PA partenaires : SuperPDP et EsaLink/Hubtimize. Les clients Dolibarr doivent donc gérer deux contrats : Dolibarr côté ERP, et une PA tierce côté transport réglementaire.
Cerfrance, Agiris, Cogilog
Ces acteurs, plutôt positionnés sur la comptabilité de cabinet et l’accompagnement des TPE agricoles et artisanales, ont renoncé à leur candidature PA. Pour leurs clients, cela signifie une dépendance accrue aux cabinets comptables comme intermédiaires — ou un choix direct d’une PA généraliste (Chorus Pro PPF pour les plus simples, ou une PA commerciale).
L’impact concret pour les DSI et DAF à J+7
La question n’est plus “mon ERP produit-il du Factur-X ?” — mais “mon ERP est-il raccordé à une PA opérationnelle ?” Générer un fichier XML conforme et le transmettre via une PA immatriculée sont deux opérations distinctes. Des entreprises ont découvert dans les premiers jours post-basculement que leur ERP produisait bien du Factur-X, mais que le flux vers la PA n’était pas encore configuré, ou que la PA choisie n’avait pas finalisé les tests d’interopérabilité à temps.
Trois questions à poser à votre éditeur ou intégrateur d’ici la fin de la semaine :
- Votre ERP est-il lui-même PA immatriculée, ou s’appuie-t-il sur une PA tierce ? Si c’est une PA tierce, qui est-elle, et avez-vous un contrat signé avec elle ?
- Le flux de réception fonctionne-t-il en conditions réelles ? Avez-vous testé la réception d’une facture Factur-X depuis un fournisseur grande entreprise, pas seulement dans un environnement de test ?
- L’e-reporting est-il activé et configuré ? Pour les ventes B2C ou les clients étrangers, le mécanisme d’e-reporting est distinct de l’e-facture et nécessite une configuration séparée dans la PA.
Ce qu’il faut surveiller
Le décret n° 2026-677 du 27 juillet 2026 renforce le cadre de contrôle des PA : elles doivent produire un rapport d’audit de surveillance au plus tard deux ans après leur immatriculation, et informer la DGFiP sans délai de tout changement substantiel (source : compta-online.com). Cela signifie que le marché des PA va se consolider d’ici 2028 : les acteurs qui ne sont pas en mesure de passer les audits de surveillance perdront leur immatriculation, et leurs clients devront migrer vers une autre PA en urgence.
Pour les PME qui ont jusqu’au 1er septembre 2027 pour activer l’émission : le choix de l’ERP et de la PA n’est plus une décision technique secondaire. La démonstration de fiabilité au 1er septembre 2026 — tenue de l’immatriculation, absence d’incident majeur sur les flux, support disponible — est devenue un critère de sélection à part entière.
Pour aller plus loin : notre bilan J+5 de la première semaine, notre bilan J+2 de l’entrée en vigueur, et notre roadmap ERP e-facture 2026-2027 : PA, annuaire et e-reporting.